À l’approche des élections municipales, la transition écologique s’impose comme un marqueur politique incontournable de l’action publique locale. Longtemps considérée comme un sujet porté avant tout par les métropoles et certaines sensibilités politiques, elle s’affirme désormais comme un enjeu transversal, partagé par la majorité des élus municipaux. Une récente consultation nationale menée par The Shift Project, ainsi que les propositions formulées par les associations d’élus locaux des petites villes de France, permettent de mieux comprendre la réalité des positions, des attentes et des difficultés rencontrées sur le terrain. Spoiler alert : la transition écologique constitue désormais une priorité politique majeure, partagée au-delà des clivages partisans et territoriaux.
Une transition écologique largement soutenue par les élus, mais freinée par les moyens financiers
L’un des enseignements les plus marquants de la consultation nationale réalisée auprès de près de 3 000 élus municipaux par l’étude de The Shift Project est la centralité de la question climatique dans les préoccupations politiques locales.
Selon l’étude, 87 % des élus se déclarent fortement préoccupés par le changement climatique, tandis que 70 % expriment un niveau élevé d’inquiétude concernant la dépendance aux énergies fossiles.
Cette évolution est particulièrement significative à l’approche des municipales, car elle montre que la transition écologique ne constitue plus un thème marginal ou partisan : elle s’impose désormais comme une composante structurante des programmes municipaux.
Plus encore, 53 % des élus considèrent la préservation de l’environnement comme l’un des trois enjeux prioritaires de leur mandat actuel, et près de 70 % estiment qu’elle sera prioritaire pour le mandat à venir, devant des sujets traditionnellement dominants comme la fiscalité ou la sécurité.
Autrement dit, l’écologie locale n’est plus seulement une politique sectorielle : elle devient un cadre d’action transversal pour les collectivités territoriales.
Un engagement qui dépasse les clivages territoriaux
Les données montrent que l’engagement écologique concerne tous les territoires, petits, grands, urbains ou non. La fracture territoriale apparaît ainsi moins marquée que prévu :
– 86 % des élus ruraux ;
– 87 % des élus périurbains ;
– et 91 % des élus urbains déclarent avoir intégré la transition énergétique dans leur action municipale.
Ces résultats remettent en cause la perception d’une écologie locale essentiellement portée par les grandes villes : la dynamique de transition est aujourd’hui diffusée dans l’ensemble du territoire.
Une approche pragmatique : qualité de vie et économies d’énergie comme moteurs de l’action
Autre enseignement essentiel : les motivations des élus locaux à agir pour la transition écologique relèvent davantage du pragmatisme que d’un discours idéologique.
Les principales raisons évoquées sont :
- l’amélioration de la qualité de vie et de la santé des habitants (77 %),
- la réduction des dépenses énergétiques (75 %),
- la contribution à la neutralité carbone n’arrivant qu’en quatrième position (55 %).
Cela signifie que la transition écologique est perçue, au niveau local, comme une politique concrète :
- rénovation énergétique des bâtiments publics et logements,
- développement des mobilités actives et collectives,
- amélioration du confort thermique et réduction des factures énergétiques.
Cette logique pragmatique constitue un levier stratégique important : elle permet d’ancrer les politiques environnementales dans des bénéfices tangibles et immédiats pour les habitants.
Des actions locales déjà engagées mais encore inégalement structurées
Les élus déclarent avoir mis en œuvre un grand nombre d’actions concrètes, notamment :
- la rénovation énergétique des bâtiments (93 % des répondants),
- le développement des infrastructures de mobilité durable (83 %).
Cependant, certaines démarches plus structurantes, comme le suivi précis des émissions de gaz à effet de serre des territoires, restent moins systématiques (74 %).
Cette différence illustre un phénomène classique : les collectivités privilégient les actions directement visibles et immédiatement opérationnelles, tandis que les outils de pilotage stratégique restent plus difficiles à déployer faute de moyens techniques ou humains.
Le véritable frein : un déficit d’ingénierie, de formation et de visibilité financière
La consultation montre clairement que le principal obstacle à la transition écologique locale n’est pas politique mais opérationnel.
Les élus expriment plusieurs besoins prioritaires :
- retours d’expérience concrets (46 %),
- formations courtes (44 %),
- expertise technique accessible et outils de communication (39 %).
Ce constat renvoie à une réalité structurelle : les collectivités locales, en particulier les petites communes, disposent souvent de marges financières limitées et de services techniques restreints.
La transition écologique repose alors fortement sur l’accès à l’ingénierie territoriale, à la mutualisation des compétences et à la stabilité des financements.
Une relation encore fragile entre perception citoyenne et action municipale
Un autre résultat notable concerne la perception par les élus de l’opinion publique locale.
Près de 39 % des élus déclarent ne pas savoir comment leur action écologique est perçue par les habitants, tandis que seulement 35 % estiment qu’elle est jugée adaptée.
Cette incertitude traduit un déficit de dialogue public sur la transition écologique locale, alors même que les municipalités sont souvent les institutions politiques les plus proches des citoyens.
Elle souligne l’importance de la pédagogie, de la participation citoyenne et de la communication territoriale dans la réussite des politiques environnementales locales.
Les propositions de l’Association des petites villes de France pour la transition écologique
Dans son manifeste 2026, l’Association des petites villes de France (APVF) rappelle que les communes de taille intermédiaire jouent un rôle central dans la transition écologique nationale, notamment en matière d’aménagement, de mobilité, d’habitat et de services publics locaux.
Cependant, ces collectivités se trouvent souvent confrontées à un « effet ciseau » :
- augmentation des responsabilités environnementales,
- contraintes budgétaires accrues,
- complexité administrative croissante.
L’APVF souligne ainsi que la réussite de la transition écologique dépend fortement de la capacité de l’État à garantir des moyens financiers stables et des dispositifs simplifiés pour les collectivités.
Stabiliser les financements et renforcer l’ingénierie territoriale
Parmi les propositions majeures figurent :
- la sécurisation pluriannuelle des financements dédiés à la transition écologique,
- le renforcement des dispositifs d’ingénierie territoriale pour accompagner les projets locaux,
- la simplification des procédures administratives permettant l’accès aux aides publiques.
Ces mesures répondent directement aux besoins exprimés par les élus dans la consultation nationale : sans ressources humaines spécialisées ni visibilité financière, la mise en œuvre des politiques climatiques locales reste difficile.
Accélérer la rénovation énergétique et la transformation des mobilités
L’association plaide également pour :
- une accélération de la rénovation énergétique des bâtiments publics et privés,
- le développement de solutions de mobilité durable adaptées aux territoires peu denses,
- le soutien aux projets locaux d’énergies renouvelables.
Ces axes correspondent aux principaux leviers d’action identifiés par les collectivités pour réduire leurs émissions et améliorer la résilience des territoires face au changement climatique.
Faire des collectivités locales des acteurs centraux de la planification écologique
Enfin, l’APVF insiste sur la nécessité de reconnaître pleinement les collectivités territoriales comme des acteurs de la planification écologique nationale, en renforçant leur capacité de décision et en favorisant la coordination entre État, régions, intercommunalités et communes.
Cette approche traduit une évolution majeure : la transition écologique ne peut plus être conçue uniquement à l’échelle nationale. Elle repose désormais largement sur l’action concrète des territoires.
À l’approche des municipales 2026 : un tournant politique local pour la transition écologique
L’analyse croisée des résultats de la consultation nationale des élus et des propositions des associations d’élus locaux met en évidence une réalité centrale : la transition écologique est aujourd’hui largement acceptée et intégrée dans les priorités politiques municipales, mais sa réussite dépend désormais principalement des moyens opérationnels disponibles.
Les élections municipales à venir pourraient ainsi marquer un tournant dans la territorialisation de la transition écologique.
Les candidats ne seront plus seulement jugés sur leurs intentions environnementales, mais sur leur capacité à :
- mobiliser les financements,
- structurer des projets territoriaux cohérents,
- associer les citoyens aux transformations locales,
- et coordonner l’action locale avec les stratégies nationales.
Dans ce contexte, les municipalités apparaissent comme l’un des échelons politiques les plus déterminants pour la réussite de la transition écologique française.
Elles disposent d’un levier unique : celui de transformer les grandes orientations climatiques en actions concrètes visibles au quotidien — rénovation des écoles, transports publics, aménagements urbains, gestion de l’énergie ou protection de la biodiversité.
Toutefois, l’enjeu principal ne réside plus dans la reconnaissance du problème, mais dans la capacité opérationnelle à agir : ingénierie territoriale, financements pérennes, accompagnement technique et simplification administrative apparaissent comme les conditions essentielles pour accélérer la transformation écologique des territoires.
Les prochaines équipes municipales auront ainsi la responsabilité de transformer cet engagement largement partagé en résultats tangibles, capables d’améliorer concrètement la qualité de vie des habitants tout en contribuant aux objectifs climatiques nationaux.
Pour en savoir plus :
– Résultats de la Grande Consultation des Maires et des élus municipaux
– Le Manifeste pour des petites villes plus bienveillantes 2026 – 2032
